Lire les auteurs anciens, autant que possible dans leur texte et dans leur langue, telle est l'ambition que les cours de latin et de grec continuent de proposer à l'élève d'humanités.
Pourquoi choisir aujourd'hui encore une telle voie dont chacun connaît ou pressent les exigences ? Ne suffirait-il pas de lire quelques "extraits" de Platon et de Virgile en traduction et de s'abonner à une revue illustrée d'archéologie, "gagnant ainsi un temps précieux pour s'informer de matières plus actuelles"?
Poser le problème en ces termes, c'est se méprendre complètement sur le but de l'enseignement secondaire, c'est oublier qu'il s'agit de former l'esprit et le caractère, non de programmer une machine.
Il y a longtemps que l'enseignement supérieur répète cet avertissement à ses futurs étudiants et à ceux qui sont chargés de les préparer à ses défis : l'échec dans les hautes études n'est pas dû à un manque de connaissances spécialisées, mais à l'ignorance de la langue maternelle et des exigences de l'autonomie personnelle.
C'est précisément ici que l'étude du latin et/ou du grec peut s'avérer fructueuse en raison de sa démarche spécifique. Résumons-la à grands traits.
A. invocation d'autrui
Il faut d'abord apprendre à entrer dans la pensée des auteurs anciens; or, ce n'est possible qu'à une triple condition :
1° connaître un peu la langue de "cet autre", et môme, de préférence, un peu plus qu'un peu. D'où les exercices gradués de précision et d'objectivité, depuis le premier manuel jusqu'aux grands dictionnaires de GAFFIOT et de BAILLY, dans le dialogue incessant de la langue-mère (latin, grec) et de la langue-cible (français);
2° apprendre à connaître de mieux en mieux les Anciens eux-mêmes dans leur culture : leur histoire (politique - de la tyrannie à la démocratie et vice versa -, économique, juridique, militaire ... ), leur géographie (l'Europe, l'Orient, l'Afrique du Nord, la "Germanie", la "Bretagne", l'Inde d'Alexandre ... ), leur(s) philosophie(s), leurs croyances religieuses (terreurs, espérances ... ), leurs mythes, leurs sciences et leur sagesse. Et même les realia de la vie quotidienne seront utiles pour éclairer le sens des textes ;
3° vouloir connaître fort bien le français : car si traduire, c'est d'abord comprendre, encore faut-il exprimer ce que l'on a compris, en mobilisant toutes les ressources disponibles de sa propre langue; or, les impératifs de la traduction personnelle précise et élégante conduisent à réinterroger en profondeur le sens du texte ancien.
B. Evocation de soi
Et puis il s'agit d'apprendre à sortir de la pensée de l'auteur ancien. Car le but final n'était pas d'admirer inconditionnellement l'Antiquité, mais bien plutôt d'apprendre à penser par soi-même en homme d'aujourd'hui : c'est l'étape, riche entre toutes, du commentaire, le moment de la synthèse, qui ne se conçoit pas sans esprit critique ni sens des responsabilités. Ainsi s'éclaire le mot du philosophe : « Si une âme veut se connaître, c'est dans une âme qu'elle doit regarder » (Platon, Alcibiade, 133,b).
Les Langues Classiques au premier degré
Dès la première année, le cours de langues classiques (2h) permet une initiation au latin et un premier contact avec le grec (alphabet et rudiments de flexion).
En deuxième année, les 4 heures de latin peuvent aussi accueillir quelques aperçus sur la culture de la Grèce et offrir l'occasion de poursuivre l'initiation aux réalités de sa langue à l'aide d'exercices d'étymologie gréco-latine et de tableaux de morphologie bilingues latin-grec, dans le double but de mieux éclairer la flexion et l'analyse latine et de prédisposer au choix éventuel du grec au deuxième degré.
Les Langues Classiques aux deuxième et troisième degrés
Cinq orientations s'offrent aux élèves désireux d'étudier des langues classiques au deuxième degré :
Conclusions
La place manque ici pour évoquer le profit et la joie que procure aussi la fréquentation régulière de la beauté classique telle que la révèle la forme des grandes uvres grecques et latines. L'expérience démontre tous les jours que les élèves y sont très sensibles dès avant la fin de leurs humanités! Insistons plutôt, pour conclure, sur les finalités essentielles de l'étude des langues anciennes: former un esprit polyvalent, accueillant aux autres cultures grâce à une meilleure perception de sa propre identité puisée aux sources mêmes de notre civilisation; former un caractère ouvert à l'effort et épris de liberté; uvrer à la maturation d'un jeune qui sache ce que parler, écrire et penser veulent dire.
En résumé, les possibilités en langue classique sont :